Un débat relancé à Lagos
La fuite de capitaux dans l’assurance santé nigériane a été au cœur des discussions lors de la Insurance Meets Tech 4.0 Conference à Lagos. Ekerete Gam-Ikon, sous-commissaire à l’assurance (Finances et Administration) de la Commission nationale des assurances (NAICOM), a révélé que près de 2 milliards de dollars soit environ 1 220 milliards FCFA quittent chaque année le pays. Ces sommes proviennent de contrats d’assurance santé que des multinationales signent avec des prestataires étrangers pour couvrir leurs employés, privant ainsi le marché local d’opportunités de croissance et d’emplois.
Une loi contournée et un marché sous pression
La Section 204 de la Loi sur la Réforme de l’Industrie de l’Assurance impose pourtant que toute capacité locale soit utilisée avant tout recours à l’étranger, et exige l’approbation préalable de la NAICOM sous peine de pénalités équivalentes au montant des primes. Mais des groupes comme AXA, Allianz, Zurich Insurance ou MetLife continuent de choisir des assureurs internationaux, invoquant une qualité de service perçue comme supérieure, une couverture mondiale et une simplification administrative. Ce choix crée un système à deux vitesses : les employés des multinationales bénéficient de polices indexées sur le dollar, tandis que la majorité des Nigérians dépend des Health Maintenance Organizations (HMOs) ou paie directement les soins.
Cette évasion financière freine le développement du secteur local, déjà pénalisé par un déficit de confiance et un faible investissement. Les établissements de santé manquent de ressources pour se moderniser, et les personnels soignants restent sous-payés, aggravant la fuite des compétences. Des experts citent le Kenya et l’Afrique du Sud comme exemples de pays ayant stimulé leur industrie d’assurance par des réformes et des partenariats public-privé.
Vers une réponse industrielle et politique
Face à cette hémorragie, la NAICOM promet un contrôle plus strict, envisageant d’imposer aux multinationales de reverser une part des primes au gouvernement. La présidente du Chartered Insurance Institute of Nigeria (CIIN), Yetunde Ilori, appelle de son côté les assureurs locaux à innover, à renforcer leur capitalisation et à concevoir des produits de santé adaptés aux besoins réels des Nigérians. L’intégration de la technologie et une meilleure gestion des risques sont vues comme des leviers essentiels pour regagner la confiance des grandes entreprises.
Avec une pénétration de l’assurance inférieure à 2 % du PIB, le Nigéria doit impérativement renforcer ses capacités locales pour réduire cette fuite annuelle de 1 220 milliards FCFA. Des incitations fiscales, une application rigoureuse de la loi et des solutions technologiques pourraient encourager les multinationales à soutenir le marché intérieur. Une telle stratégie permettrait non seulement de retenir des capitaux vitaux, mais aussi de bâtir un système de santé plus robuste et inclusif pour la population.



