L’Afrique du Sud, véritable gardienne des rhinocéros noirs et blancs, abrite plus de 12 000 des 15 000 rhinocéros blancs du Sud recensés dans le monde, ainsi qu’environ 2 000 des 6 700 rhinocéros noirs restants. Si le rhinocéros blanc du Sud a échappé de justesse à l’extinction, son cousin noir reste en danger critique. Malgré une baisse notable du braconnage de plus de 1 000 animaux tués par an à 420 en 2024 le pays a déjà perdu 195 rhinocéros au premier semestre 2025, soit une moyenne d’un par jour. La corne de rhinocéros, prisée en Asie pour ses prétendues vertus médicinales, se vend parfois plus cher que l’or sur les marchés illégaux. Ce commerce clandestin alimente un réseau de criminalité transnationale qui défie les lois sud-africaines et met à rude épreuve les gardes forestiers. Pour contrer les braconniers, les réserves déploient drones, radars, caméras thermiques, intelligence artificielle et unités canines.
À Dinokeng, des dispositifs de suivi permettent une surveillance continue. Des chercheurs testent même l’injection de microdoses radioactives dans les cornes afin de les rendre détectables et invendables, une méthode innovante jugée sans danger pour les animaux. La Peace Parks Foundation a relocalisé près de 50 rhinocéros dans le parc national de Zinave, au Mozambique, où huit veaux sont déjà nés, signe d’un fragile renouveau. Par ailleurs, le dégornage ablation indolore des cornes reste une mesure controversée mais efficace pour dissuader les braconniers. Malgré ces efforts, les taux de braconnage demeurent « dévastateurs ». Pour les rangers, chaque patrouille est un combat. « Nous sommes la dernière ligne verte entre les rhinocéros et l’extinction », résume Marius Fuls, garde à Dinokeng. Ces victoires technologiques nourrissent l’espoir qu’un jour, ces géants pacifiques puissent simplement « rester gros et tondre l’herbe », loin des balles et des pièges.