La contraception permet de prévenir les grossesses précoces, de réduire les risques liés aux avortements clandestins et de protéger la santé maternelle. Pour le médecin généraliste Dr Ben Yousouf Keïta, elle constitue un « droit fondamental » permettant aux femmes d’organiser leur vie familiale et de préserver leur santé. Le gynécologue Hébert Tchogué, de l’Association Guinéenne pour le Bien-Être Familial (AGBF), insiste sur son rôle comme « levier de transformation sociale », donnant aux femmes la liberté de choisir le bon moment pour donner la vie.
Pourtant, la réalité guinéenne est préoccupante. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2018, seules 10 à 15 % des femmes utilisent une méthode moderne, alors qu’un quart exprime le besoin d’espacer ou de limiter les naissances. Les conséquences sont lourdes : grossesses rapprochées, complications médicales et un taux de mortalité maternelle parmi les plus élevés au monde. Plusieurs obstacles persistent : croyances religieuses assimilant l’enfant à un « don divin », rumeurs sur la stérilité ou le cancer supposément liés aux contraceptifs, inégalités de genre qui confient la décision finale aux maris, et difficultés d’accès, notamment en zones rurales.
Les ruptures de stock et la peur des effets secondaires aggravent la situation. Face à ces défis, les experts appellent à renforcer l’éducation sexuelle des jeunes, améliorer la confidentialité et la qualité de l’accueil dans les centres de santé, et impliquer davantage les hommes dans le dialogue familial. Briser les tabous et garantir un accès équitable à la contraception apparaît comme une condition essentielle pour réduire la mortalité maternelle, renforcer l’autonomie des femmes et favoriser un développement durable en Guinée.